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Fez City Clan, hip hop made in medina

Publié par admin le Vendredi, 31 juillet 2009Comments

Le hip hop est partout, toute la planète succombe au flow, aux diatribes des MC, aux doigts de feu des DJ, au graff, à la danse, aux poses et aux beats qui claquent. Pas un continent qui ne soit concerné par cette musique protéiforme qui sait se révéler furieusement moderne ou rend un hommage appuyé à d’autres traditions musicales en s’ouvrant à des sonorités très acoustiques. On peut tout faire avec le rap, une infinité de promesses s’ouvre, ne reste qu’à les tenir. Si la France est le deuxième marché du monde, les sons d’ailleurs n’y sont guère légion. La machine américaine bien rôdée rend les choses d’autant plus difficile que les productions françaises sont nombreuses, variées et de bon niveau. La place restante est d’autant plus mince. Raison de plus pour s’y pencher, lever un peu du voile et changer d’angle de vue.

Les Marocains de Fes City Clan se sont formés en 2000 et ont verrouillé leur formation actuelle il y a un an et de mi environ. Historiquement, une association qui accueille une nuée de groupes, de membres volatiles et temporaires, d’aspirations diverses, de MC, de DJ, de danseurs, de graffeurs. Au final, les groupes des uns et des autres implosent et donnent naissance à une formation plus stable : un DJ et quatre MC fondent Fes City Clan, le plus jeune a aujourd’hui treize ans, dont sept passés à rapper. La valeur n’attend pas le nombre des années dit-on. Un premier album est enregistré en 2006, une mixtape l’année dernière, le prochain disque (Ghir Bel’Adab, traduisons « par respect »Wink est en cours d’enregistrement.

hiphop« Nos propos sont désormais moins violents. On parle de ce que nous touche, nos textes sont engagés. Mais au Maroc, il ne faut pas abuser, il y a le poids de la coutume ». On comprend à demi-mot que la liberté d’expression n’est pas infinie et que certaines barrières existent encore. La vie de la jeunesse marocaine est le terrain sur lequel se construisent les textes de FCC : la drogue, la corruption, les trafics en tout genre, la violence policière, la pédophilie. Le « poids de la coutume », des groupes comme Nass El Ghiwane en ont avant eux fait les frais. Cette nouvelle génération en est à la fois consciente et respectueuse et apprend de ses aînés les embûches et les limites à un engagement trop frontal.

Depuis une dizaine d’années, la culture hip hop émerge partout au Maroc, où le premier groupe (Les dragons blancs) a enregistré en 1993. Depuis, tous les centres urbains voient fleurir des formations qui revendiquent, dénoncent et s’engouffrent dans la brèche, chantant la plupart du temps en darija (dialecte) et en Français. Pour échapper à une forme de standardisation des productions influencées par les sons américains et français, FCC travaille, cherche à « éviter le copié-collé », cultive l’originalité, en jouant sur l’humour, la dérision. Ils reconnaissent d’eux-mêmes : « on était obligés de tomber sur les productions américaines et françaises. Il fallait bien les écouter pour comprendre les influences et apprendre. »

Sur scène, les quatre MC se chamaillent, en rajoutent dans les chorégraphies, se lancent des vannes, prennent des poses qui tiennent d’avantage du burlesque que du franchement menaçant. Leurs premières dates en Espagne, après Cartagène sont au Festival Pirineos Sur. La France les a invité pour une date au Festival Garorock de Marmande, avec Ice Cube. Le rap ne va pas s’arrêter au Maroc. Il est déjà loin en Afrique, où ils rêvent de jouer, plus au sud. En Août, c’est le Gabon qui les accueillera, avec Kerry James et les Psy4 de la rime.

par Stéphane Andrieu

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